Roadsworth – La controverse ou l’art de la rue
Aujourd’hui c’était la journée sans ma voiture et j’ai pu trotter au milieu de la rue avec une collaboratrice. Nous prenions bêtement le trottoir alors que la rue était là, fermée aux voitures, pour notre grande satisfaction piétonnière. Nous avions rendez-vous et je regrette n’avoir pu en profiter pleinement. Après coup, je me suis dit que nous n’avions que peu d’occasions pour occuper certains espaces: interdits.
Vous connaissez possiblement Roadsworth qui s’est fait poursuivre, il y a déjà quelques années, pour avoir fait des images sur la propriété privée de la ville de Montréal. 85 accusations, 250 000 $ d’amendes. Sa pratique a soulevé des débats émotifs sur la place de l’art dans l’univers public. Un artiste intelligent, contestataire, plus qu’un simple créateur de graffitis, son travail choque en toute poésie. Il est maintenant invité afin de réaliser ses créations dans l’univers urbain et même en galerie, un peu partout dans les grandes villes et jouit d’une reconnaissance internationale. (Lire la suite…)
Trondheim à Québec : l’efficacité redessinée
Samedi passé, je me suis levé tôt pour aller à Québec au Salon du livre (Festival international de la bédé francophone) où j’ai eu l’occasion, en compagnie d’une vingtaine de chanceux, de suivre la classe de maître de Lewis Trondheim. Bédéiste/scénariste français reconnu, il a roulé sa bosse avec des classiques tels Donjon et Lapinot (site officiel de Lewis Trondheim) et est membre fondateur de la maison d’édition L’Association. Il dirige maintenant la collection Shampooing chez Delcourt où il a «carte blanche» sur tous les artistes publiés.
J’ai croisé Lewis à mon arrivée, alors qu’il cherchait la salle. De petite taille, l’air de rien. Un homme en apparence effacé, qui en personne a ce caractère typiquement français et contestataire. Pour notre plus grand plaisir, il a réalisé une planche devant nous en répondant à nos questions. Il pratiquerait ce métier par ennui, c’est ce qu’il nous a dit, car il n’a rien trouvé de mieux à faire (bon, et bien tant mieux…) Il aurait aussi commencé à dessiner à 25 ans par frustration de ne pouvoir mettre en formes ses idées. Illustrer lui-même celles-ci lui permet de mettre à profit la narration visuelle que les scénaristes tendent à délaisser par déformation dans l’écriture. Il peut ainsi se positionner des deux côtés de la pratique et tirer profit d’une structure simplifiée au niveau du texte, en favorisant un récit décodé et animé par le lecteur. Ses procédés visuels sont satisfaisants pour le lecteur, n’étant pas pris par la main et déclenchent les surprises.
Personnellement, ce que j’admire de son travail visuel est l’efficacité et la simplicité de ses traits : à la fois expressifs et contenus dans un minimalisme de moyens, souvent sans cases. Il a fait sa planche avec un simple feutre, un vieux pinceau et une boîte d’aquarelle 12 couleurs. Lewis a candidement avoué que son secret était la paresse : «Pourquoi faire cinq doigts si quatre suffisent…» Attention, je parle d’une paresse judicieusement utilisée dans un objectif précis d’efficacité . Une seconde de sauvée par doigt, fois deux mains, fois un million de dessins, ça donne 556 heures économisées à dessiner le petit doigt! En fait, il m’est apparu très méticuleux, systématique. Gribouillant ses idées dans un petit calepin illisible, sauf par lui, il remet ensuite au propre directement sur sa feuille, mis à part quelques éléments plus difficiles où un crayonné s’impose. Il alterne des projets crayonnés à l’avance au graphite avec des productions directement au propre, pour laisser surgir des accidents et de la nouveauté.
Ses conseils pour la relève :
- Écrivez lisiblement : «sinon c’est chiant à lire!»
- «Si vous vous dites qu’un truc passe («fait la job» en bon québécois), c’est que ça ne passe pas»…
La leçon, c’est que la paresse doit être utilisée au bon moment, là où l’impact est assumé; car au final, le lecteur voit tout.
